Procédures de Communication avec les Victimes ou les Personnes Exposées à des Pratiques Néfastes

L’accueil des femmes victimes ou à risque de PN:

  • Les femmes doivent se voir garantir un accès régulier et opportun à l’information et à la formation sur leurs droits dans une langue qu’elles comprennent.
  • Les praticiens doivent savoir et agir en conséquence que chaque enfant, chaque femme, au-delà de toutes traditions et conventions, a droit à la santé et à l’intégrité de sa personne.
  • Connaître les traditions et les pratiques typiques d’autres cultures est un élément fondamental pour construire une relation égale entre les exploitants et les hôtes des installations, en gardant toujours à l’esprit les principes universels de protection des droits humains des femmes, des enfants et des filles.
  • Connaître ces traditions dans leur propre dimension et éviter la stigmatisation et/ou la criminalisation contribue à préparer un dialogue ouvert aux femmes victimes de ces pratiques.
  • Il est important que les agents d’accueil soient également préparés à aborder ces questions, informés de l’existence de ces traditions et capables d’offrir aux femmes porteuses de l’aide nécessaire.
  • Les entretiens avec les femmes doivent considérer les éventuelles implications éthiques, psychologiques et thérapeutiques, recourir à la médiation culturelle et doivent être constamment marqués par le respect du principe de l’autonomie de la personne et de celui de son bénéfice.
  • Lors d’un entretien avec des femmes susceptibles d’avoir été soumises à un PN traditionnel, une attitude équilibrée doit être maintenue, sans préjugés ni jugement sur le phénomène ou la culture d’origine, et sans supposer que toutes les femmes ont été soumises à cette pratique.
  • Étant donné que la sexualité reste taboue dans de nombreuses communautés, l’approche consistant à vérifier la santé reproductive et le bien-être d’une femme peut permettre de déterminer si elle a été soumise à des MGF ou à d’autres PN.
  • Dans le cas spécifique des professionnels de santé chargés d’identifier les MGF, s’ils le jugent nécessaire, ils doivent identifier le type d’incision ou d’altération présente, en prenant soin de minimiser les examens répétés qui peuvent provoquer chez l’individu un inconfort accru ou un sentiment d’intrusion dans son intimité.

Lors de la phase d’entretien initial, il est recommandé de:

  • Identifier l’origine géographique et culturelle de la femme.
  • Demander à la victime ou à la personne à risque si elle se sent à l’aise pour vous parler dans votre position actuelle et s’assurer de lui parler dans un espace sécurisé et privé. Si la personne est accompagnée, ne présumez pas qu’il est sécuritaire de parler de son expérience devant cette personne, vous devriez toujours lui parler seule.
  • Rassurer la victime ou la personne à risque sur la confidentialité et lui expliquer le consentement éclairé, à savoir que vous ne donnerez d’informations à personne (y compris la famille, les amis ou la communauté) sans son consentement ou contre son bien-être.
  • Comprendre si elle a un minimum de scolarité et une connaissance primaire de son corps.

Une fois ces deux éléments compris, discuter avec la femme des éventuelles pratiques traditionnelles présentes dans sa culture et liées aux rites de passage et/ou de purification. Cela permettra de comprendre avec quelle terminologie la femme identifie le phénomène, puis d’entrer en relation avec elle pour identifier quel type de pratique a été réalisé.

Une fois la relation de confiance établie, on peut procéder à des questions plus précises concernant par exemple la régularité du cycle menstruel, les éventuelles douleurs pendant le cycle et/ou lors des rapports sexuels, le déroulement des éventuelles grossesses et accouchements lieu. En fonction de votre capacité professionnelle et de la manière dont la victime ou la personne à risque de pratique préjudiciable vous contacte, lorsque vous la contactez, il se peut qu’elle ne révèle pas directement ce qui lui est arrivé, ou qu’elle ne le fasse qu’indirectement. Les victimes peuvent avoir du mal à se manifester facilement en raison de leur insécurité, de leurs sentiments de honte et de culpabilité et par loyauté envers leur famille. Dans le cas des MGF, il arrive parfois que les victimes ne les perçoivent même pas comme un problème ou la cause d’autres problèmes de santé.

À faire:

  • Informer la femme de ses droits et du déroulement de l’entretien qui va être mené;
  • Utiliser un langage simple et clair, sans utiliser d’adjectifs qui pourraient indiquer un jugement par rapport à la culture d’origine de la femme;
  • Conduire l’entretien dans un lieu protégé et avec du personnel féminin (dont la médiatrice linguistique et culturelle, formée en la matière);
  • S’engager sur la base du « besoin de savoir ». Cela signifie que vous ne devez demander que ce que vous avez besoin de savoir à ce moment-là pour remplir votre rôle de soutien ou de protection de la personne dans le besoin;
  • Ne posez pas de questions intrusives inutiles qui pourraient traumatiser davantage la victime;
  • Dites quelques déclarations de réconfort et de soutien et insistez sur le fait que ce qui leur est arrivé n’était pas de leur faute;
  • Considérez que, si possible, cette conversation pourrait nécessiter une allocation de temps plus longue. Il n’est pas facile de parler d’expériences traumatisantes, il ne faut donc pas se précipiter;
  • Si le niveau de risque n’exige pas une autre solution et qu’il vous est possible de le faire, vous devrez peut-être évaluer si la victime ou la personne à risque est prête ou non à parler de la pratique néfaste. Si elles ne sont pas encore prêtes à parler davantage et que cela vous est possible en fonction de vos capacités professionnelles, accordez-leur du temps. Essayez de découvrir quelles sont les peurs et les angoisses qui interfèrent, rassurez-les sur la confidentialité, encouragez-les à se revoir et fournissez-leur des informations précises et à jour sur les services disponibles pertinents
  • Rassurez la victime ou la personne à risque sur le fait que les actions à entreprendre seront discutées avec elle et également qu’elle peut demander de l’aide à tout moment, même plus tard, sauf s’il existe un risque qui demande une action immédiate.

À ne pas faire:

  • Tenir pour acquis ce que sont les MGF ou autres PN et les considérer comme des pratiques négatives;
  • Utiliser un langage agressif et/ou stigmatisant;
  • Évitez de mener l’entretien en présence de plusieurs personnes ou d’exclure une femme du processus d’entretien, en particulier lorsque la victime est une femme.

L’accueil des femmes potentielles victimes de mariages forces

  • Tous les entretiens avec la femme doivent avoir lieu de manière confidentielle;
  • Pour l’entretien, il est essentiel de ne jamais faire appel à des proches, des amis ou des médiateurs appartenant à la communauté de référence comme interprètes, car cela empêcherait la femme de s’exprimer clairement sur la situation de violence subie et l’empêcherait de demander directement de l’aide;
  • L’entretien doit toujours avoir lieu dans un endroit qu’elle considère comme sûr. Tous les facteurs de risque doivent être pris en compte et évalués lors de l’entretien;
  • Il faut expliquer brièvement et clairement à la femme les possibilités d’aide dont elle peut bénéficier et les solutions possibles d’un point de vue juridique.

Femmes enceintes après un mariage forcé

Dans les cas où la femme a choisi de garder un enfant né en raison d’un mariage non désiré, le chemin de la protection est accompagné de celui de l’accompagnement à la maternité. La solitude, les sentiments de culpabilité et la nostalgie d’une « communauté familiale », même violents et irrespectueux, peuvent avoir des effets dévastateurs sur la santé psychologique et physique de la femme.

Il faut garder à l’esprit que, jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge de six mois, des mesures de sécurité strictes doivent être prises : c’est en effet le délai pendant lequel le père peut avoir intérêt à retrouver et reconnaître l’enfant pour obtenir une régularisation, s’il est entré irrégulièrement dans ce pays européen.